Cinq siècles avant le sida, une «nouvelle» maladie transmise sexuellement aux ravages inédits surgit en Europe et sème la plus grande terreur. La syphilis et son histoire.
Les Italiens l’appellent le «mal français»; les Français l’appellent le «mal napolitain»; les Écossais l’appellent le «mal anglais»; les Espagnols l’appellent le «mal serpentin»; les Polonais l’appellent le «mal allemand»; les Russes l’appellent le «mal polonais»; les Arabes l’appellent le «bouton des Francs».
Ce mal, qui a emporté Henri VIII, Schubert, Baudelaire, Van Gogh, Al Capone et quelques autres, revient périodiquement hanter la santé publique: c’est la syphilis. En 1495, Charles VIII, roi de France, fait la guerre en Italie. Pour assiéger la ville de Naples, il réunit une armée de mercenaires provenant des quatre coins de l’Europe, dont quelques-uns reviennent tout juste d’une étrange et lointaine expédition menée par le Génois Christophe Colomb. C’est après cette campagne napolitaine que la première épidémie de syphilis explose et que toutes les nations en renvoient l’origine (et la faute!) à la nation voisine.
Dès 1497, Leonicus, professeur de médecine et de logique à Ferrare, note le rôle des prostituées dans la contagion génitale. Bien qu’Hippocrate avait décrit des symptômes qui ressemblent beaucoup à ceux de la troisième phase de la syphilis, la croyance se répand que le mal a été rapporté d’Amérique par les compagnons de Colomb. Premier échange culturel entre l’Ancien Monde et le Nouveau: «petite vérole» contre «grande vérole». Les Européens n’ont rien perdu au change…
Syphilis: pourquoi ce nom?
C’est l’un des plus grands esprits de la Renaissance, le poète et médecin véronais Jérôme Fracastor, qui a donné son nom à la syphilis, en s’inspirant d’un personnage des Métamorphoses d’Ovide, Syphilus, qu’Apollon frappe d’un mal étrange. Frascator suggéra que le mal avait pour origine de très petites créatures qui échappaient à la perception des sens et qui passaient d’un organisme à l’autre. Théorie farfelue qui passa, comme ces petites bestioles, inaperçue. Par cette intuition, Frascator est tout de même considéré aujourd’hui comme le précurseur de la bactériologie, science née quatre cents ans après lui avec Pasteur et Koch.


